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Si quelqu'un écoute (Béatrice de Jurquet)
Si quelqu'un écoute (Béatrice de Jurquet)

Béatrice de Jurquet

Si quelqu'un écoute

Préface de Gérard Chaliand

EditeurLa rumeur libre

CollectionPlupart du temps

Date de parution01/2018

ISBN/code barre978-2-35577-154-5

Format (mm)141 x 192

ReliureCahiers cousus, couverture avec rabats

Nombre de pages128

Poids162 g

Prix 16,00 €
Feuilleter

(extrait de la Préface)

J’ai toujours aimé, depuis ma première lecture, le son de ce qu’écrit Béatrice de Jurquet. En musique, ce timbre relève du tremblement liquide de la flûte et parfois de la gravité pleine du violoncelle. Il y a dans sa poésie quelque chose d’irrémédiablement perdu, que les mots cherchent à faire revivre, avant que cette saisie fragile ne s’efface à nouveau. Une nostalgie hors d’atteinte, un présent difficile à saisir, une dérobade du monde. Comment peut-on vivre avec cette déchirure, très tôt survenue et suivie d’autres ? « Rarement toutes les portes s’ouvrent / L’élan se fait rare ». « La douleur se serait-elle emparée de la musique ? » Venant lui faire de l’ombre ?

(Préface de Gérard Chaliand)

J’ai toujours aimé, depuis ma première lecture, le son de ce qu’écrit Béatrice de Jurquet. En musique, ce timbre relève du tremblement liquide de la flûte et parfois de la gravité pleine du violoncelle. Il y a dans sa poésie quelque chose d’irrémédiablement perdu, que les mots cherchent à faire revivre, avant que cette saisie fragile ne s’efface à nouveau. Une nostalgie hors d’atteinte, un présent difficile à saisir, une dérobade du monde. Comment peut-on vivre avec cette déchirure, très tôt survenue et suivie d’autres ? « Rarement toutes les portes s’ouvrent / L’élan se fait rare ». « La douleur se serait-elle emparée de la musique ? » Venant lui faire de l’ombre ?

C’est une poésie directe, même si elle est faite de pas feutrés et de reculs comme dans certains rêves où l’on croit atteindre et où, pourtant, l’on n’atteint pas. Elle exprime ce pourquoi, sans doute, est faite la poésie telle que nous la concevons, depuis qu’elle a cessé d’être collective, pour exprimer la sensibilité de celui ou de celle qui écrit :

Suis-je d’ici, suffisamment ?
Autrefois, à coup sûr je pensais partir un jour,
quitter mon pays,
toucher la main des autres,
amis, enfants
sous un auvent de feuilles.
Et maintenant ces fenêtres, je ne peux plus
les quitter.

Il y a, chez Béatrice de Jurquet, une façon de dire, ténue et voilée, comme reprise dès qu’exprimée, qui n’est qu’à elle.

Je n’ai plus la force, la cadence est rompue.

Cette poésie, toute de mémoire où, d’aventure, le passé remonte avec d’autres couleurs, rappelle le plaisir d’autrefois.

J’ai dans le corps une clarté de rivière.

Seules, les femmes, parfois, ont au ventre ce souvenir ébloui de la fraîcheur de vivre. Il y a eu, avant la naissance de poèmes, un bonheur d’être accompagné de flamenco, de tangos, qui exprimaient la joie physique, le corps à corps…
Mais tout ce que j’ai lu d’elle est un après. Celui « de blessures à étendre sur un fil ». Avec ce son de murmures de la fatigue d’être d’où l’exaltation est absente et où la musique surtout évoque un paradis perdu, comme la voix d’Oum Qalçoum : « sans faire de bruit, remonte l’oubli ». Sobrement, la tragédie est dite :

Mon crâne est rasé de l’intérieur.

Je n’ai plus de preuve, ma mémoire d’eau me regarde passer.

Et il y a, dans ce recueil, des vers inoubliables.