lundi 20 novembre 2017
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Patrick Laupin, un choc de poésie

Claude Adelen

extrait de La pulsion de poésie, paru dans L'émotion concrète, Comp'Act, 2004

(extrait)...."Et pourtant, ce qu’on lira, comme derrière un rideau agité par le vent, c’est le récit du drame, de l’homme déchiré en deux comme une page, séparé de lui-même par la mort de l’être cher, séparé de la réalité de l’amour, de sa propre réalité qu’il faut apprendre à connaître, dans la douleur, le travail terrible de l’écriture, apprendre à réinventer. Ce livre est un passage du fleuve boueux de la douleur. Il remonte, à travers des textes comme Jour d’Octobre (1990) et Le Vingt-deux octobre (1994) qui sont peut-être pour moi les sommets douloureux de l’ensemble, il remonte et remonte dans une couleur obstinément grise, beige blanche, brumeuse, « novembreuse », une pâte de vision épaisse, à travers une « terre ocre, ravinée par les pluies », vers les tournoyantes images ensoleillées, vers cette lumière délivrée, étincelante de fraîcheur et d’eaux claires, imposée comme l’obsession d’un pas enseveli. Vers cette lumière épargnée qui tient aux biens évanouis, car c’est l’arrachement qui forme l’image, assemble, noue le bouquet.

De Mallarmé (qu’il connaît bien !), Il dit qu’il fut « toujours pour nous un mot plein de larmes, le seul à donner vrai pont de conscience à l’absence, à la lueur et l’intuition du moment ». Ce qui, pour quelques êtres violemment séparés d’eux-mêmes (et le sachant), justifie la poésie, c’est bien ce dur désir d’écrire, en toute connaissance de l’ambiguïté et de la vanité d’un tel travail. Lorsqu’on a franchi quelques-unes des limites du terrible, vivre ne se peut plus concevoir, et le regard sur les espaces extérieurs se prolonger, qu’en cet aveugle désir d’écrire, tant l’écriture (de poésie) est à la fois « ce qui commence – et ce qui n’existe pas (cette chambre narrative dont on ne sort pas) ». Tant écrire c’est se tenir hors du vivre, exclu de tout présent, de toute figure de l’instant, mais hors de la mort, hors de la souffrance, dans l’embrasure de vivre et mourir. Ecriture impossible dans sa nature profonde, car « langue morte », car toutes les forces qui nous sustentent sont contenues dans un espace de tension extrême où on cherche à atteindre l’insemblable , l’inassimilable.»..."