mardi 26 septembre 2017
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Solitude du réel de Patrick Laupin, pour accéder à une vie unanime

Gaspard Hons

La chronique de poésie du Courrier du Centre International d'Etudes Poétiques, 1991

Le poème comme une nature morte : Stilleben en allemand, c’est-à-dire vie tranquille. Le poème comme un long récitatif, une psalmodie, un inventaire, une litanie, une incantation. Une prière peut-être ! Ou un appel, un appel d’air. Une mise en condition pour affronter entre douceur et douleur, entre le réel et le réel rêvé, la solitude insupportable, cette chose la plus froide que nous connaissions. Les poèmes de Patrick Laupin - des théologies négatives – approchent par petites touches lumineuses, tantôt la détresse physique, tantôt le cri muet. Sont-ils les fragments d’un discours éclaté, ou les éclats d’un discours qui à la manière d’un puzzle se construit au fur et à mesure ? Sont-ils la cause ou l’effet, ou simplement une mise en page des bribes d’une vie que le poète traduit ou trahit, que le poète dévoile pour éviter la grande solitude ou pour accéder à une vie unanime ?
je fus comme l’instinct
désaccordé

Oui, c’est le mot juste, précis, Désaccordé. La cloche comme désaccordée (Hölderlin). Le poème comme désaccordé, le monde comme désaccordé… Emu de vivre, proche d’une lumière tranchante, parfois grave, parfois aigu, Patrick Laupin disperse ses signes, les rassemble, les dénonce, les oublie, les suit à la trace comme pour atteindre cette tranquille blancheur, ce soupçon de vivre, ce dernier carré des solitudes :
puis j’ai besoin d’eau
de musique matinale
d’un grand soleil sur
les arbres
pour que ma douleur ne devienne
pas trop blanche
Oui, il y a quelque chose de désaccordé de presque insupportable dans le poème de Laupin, une espèce de silence qui coule à pic, de bruit têtu ; une espèce de mouvement perpétuel entre la vie et la mort, entre la solitude et l’in-solitude. Le poète nous pousse au plus loin de nous-même, et le faisant il nous tend de sitôt la perche pour nous sauver.
Solitude du réel (éd. Seghers) m’ouvre tout simplement sur l’espace de l’émotion. Et je désire y rester, y rester longtemps.
larme qui m’a laissé sans voix
l’aile penche où quelqu’un
vient