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Une poésie qui nous console de ce qu'elle nous inflige

Bernard Simeone

Lettre à l'auteur du 30 décembre 1993

Dans La rumeur libre, j’ai beaucoup aimé cette perpétuelle tension, qui est amoureuse aussi, entre la fulgurante vision et le longue écharpe sonore, entre l’entaille par où voir devient fugitivement possible et le baume du rythme qui par son alchimie paradoxale transforme en quasi-mélopée, en présence apeurée mais lancinante, ce qui était à l’origine inexorable. Ta poésie nous console de ce qu’elle nous inflige en disant le monde tel qu’il est, dans l’entre-deux du réel et des songes. J’y entends sa richesse la plus singulière, sa solitude aussi, dans l’étreinte. Parce que nos écritures sont des plus différentes, j’entends comme une évidence et un défi ta parole, où la cosmogonie minimale de notre époque cherche à renouer avec un long et dur filament de mémoire, venu de temps où parler n’était pas moins mensonger mais moins rude.
Que tu fasses percevoir dans le banal proliférant des non-paroles actuelles cette longue énigme du sens reconduit à son rythme, pousse ton lecteur à la gratitude.